Le Centre Régional en Droit de l’Homme (CERDHO) de l’Université Catholique de Bukavu (UCB) tenait ce 28 novembre une conférence-débat majeure au Campus Mulindwa. En collaboration avec l’initiative Tukinge Kichwa, l’événement visait à mettre en évidence le rôle crucial de la santé intellectuelle comme capital humain pour le développement durable en RDC. Le thème

« Tukinge Kichwa » a ainsi trouvé tout son sens auprès des participants.

Tukinge Kichwa : Restaurer le Capital Humain en RDC 

Ouvrant les discussions, le coordonnateur et responsable de l’initiative, Monsieur Pierre-Claver CIRIMWAMI KALUMUNA, a campé le décor : la dynamique « Tukinge Kichwa » refuse de capituler face à la chute progressive du capital humain congolais, exacerbée par les guerres, la pauvreté structurelle et l’insuffisance des formations. Selon lui, le fléau  qui engendre l’incompétence professionnelle et la dépravation des mœurs est délétère pour les générations futures. L’initiative propose une philosophie globale et transversale dont la quintessence est double : protéger la santé intellectuelle et restaurer la capacité du citoyen Congolais à penser, à produire de la valeur et à travailler efficacement, processus qui nécessite une interconnexion pluridisciplinaire

 L’Ordre Public, Outil de Protection de la Sante intellectuelle

 

Poursuivant la réflexion sous un angle juridique, le Professeur Trésor Maheshe, représentant du CERDHO, a introduit la notion de l’ordre public comme outil du Droit pour préserver ce capital humain. S’appuyant sur l’adage swahili « Kichwa ni chombo cha mafikiri » (La tête est l’organe de la pensée), il a établi le lien entre les trois piliers de l’ordre public (tranquillité, salubrité et sécurité) et la santé intellectuelle. L’insécurité chronique, par exemple, menace directement les capacités cognitives des intellectuels en zone de conflit. Le Professeur Maheshe a conclu que la santé intellectuelle ne se limite pas aux exercices cognitifs, mais dépend fondamentalement d’un environnement stable, nécessitant une approche ascendante pour restaurer les mœurs et la stabilité.

 La Santé Intellectuelle, Première Victime du Conflit 

Dans son intervention, le Dr. Kizito Balemirwe Deogratias,coordonnateur régional de Kivu Emergency Medical Group (KEMG), a martelé que : « La clé de tout développement n’est pas matérielle… mais l’Homme. Cela nécessite une Santé intellectuelle intacte. « Le débat a ainsi révélé l’ampleur dévastatrice des « blessures invisibles » dans l’Est de la RDC. La violence, qui a créé près de 4,4 millions de personnes déplacées au Nord-Kivu, affecte directement la santé intellectuelle et la cognition. Des études confirment que la sévérité du Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT)altère la mémoire de travail et la capacité à planifier, le moteur même du capital humain. L’effondrement des services de santé mentale et une augmentation par sept des consultations pour victimes de violences illustrent cette crise, qui mène à l’érosion de la confiance sociale et de l’efficacité administrative.

L’urgence des chiffres et le constat d’une détérioration cognitive et sociale profonde montrent que la santé intellectuelle est la première victime du conflit dans l’Est. La conférence du CERDHO et de Tukinge Kichwa pose un nouveau paradigme : l’émergence de la RDC ne sera pas décidée par les ressources du sous-sol, mais par la restauration de la capacité intellectuelle et morale de ses citoyens, un défi qui nécessite l’engagement non seulement des psychologues, mais aussi des juristes et des décideurs politiques.

Parmi les participants, on pouvait signaler une grande diversité de professionnels, notamment des psychologues, des humanitaires, des médecins et des professeurs, ainsi que plusieurs autres personnes de différents horizons.

 

Nathalie FURAHA  NTAMBALA