À Kinshasa, une nouvelle page vient de s’ouvrir pour l’Inspection nérale des Finances (IGF). À peine installé à la tête de cette institution stratégique de contrôle des finances publiques, le nouvel Inspecteur général des finances, chef de service, Simon Christophe Mbita, affiche une ambition claire : transformer profondément les méthodes de contrôle grâce à la digitalisation afin de rendre la surveillance des finances publiques plus efficace, permanente et proactive.

Fort de 35 années d’expérience au sein de l’IGF, Simon Christophe Mbita entend inscrire son mandat dans la continuité des réformes engagées ces dernières années tout en accélérant la modernisation de cette institution créée en 1968. Selon lui, le contrôle constitue un maillon essentiel de la gestion publique, puisqu’il permet de vérifier la conformité des opérations financières, d’identifier les irrégularités et de proposer des recommandations destinées à améliorer durablement la gouvernance de l’État.

Dès son entrée en fonction, le nouveau responsable a procédé à un diagnostic complet de l’institution afin d’évaluer ses forces, ses faiblesses ainsi que les défis à relever. Si ce bilan conclut que l’IGF fonctionne globalement de manière satisfaisante, il met également en évidence la nécessité d’adapter ses méthodes aux nouvelles réalités technologiques.

La principale innovation annoncée consiste à faire évoluer l’IGF d’un contrôle ponctuel, réalisé essentiellement lors des missions sur le terrain, vers un contrôle permanent reposant sur l’exploitation des données numériques. Cette approche permettra aux inspecteurs d’accéder en temps réel aux informations financières des différentes administrations publiques, d’effectuer des analyses préalables des risques et de cibler plus efficacement les missions nécessitant une intervention physique.

Pour concrétiser cette vision, l’Inspection générale des finances a élaboré un Plan stratégique triennal 2026-2028, destiné à accompagner la transformation numérique de l’institution. L’objectif est d’atteindre un niveau de maturité technologique permettant un contrôle moderne, continu et davantage orienté vers la prévention des irrégularités que vers leur simple constatation.

Le nouveau chef de service reconnaît toutefois que plusieurs défis demeurent. Le principal réside dans l’accès limité aux données financières de l’État. Selon lui, une surveillance efficace suppose une interconnexion de différents systèmes d’information afin de suivre l’ensemble des flux financiers transitant par les administrations publiques. Une telle architecture permettrait d’identifier rapidement les anomalies, de détecter les tentatives de fraude et de renforcer la transparence dans la gestion des ressources publiques.

Interrogé sur le rôle exact de l’IGF, Simon Christophe Mbita a tenu à rappeler que l’institution n’est pas un organe de sanction. Sa mission consiste à constater les faits, établir les responsabilités et transmettre ses rapports aux autorités compétentes, notamment au Président de la République, au parquet et à la Cour des comptes, qui disposent des prérogatives nécessaires pour engager les procédures administratives, judiciaires ou politiques appropriées.

Concernant le futur dispositif de contrôle systémique, le responsable de l’IGF précise qu’il ne remplacera pas la traditionnelle patrouille financière, mais viendra la renforcer. Grâce aux outils numériques, les inspecteurs pourront assurer une veille permanente à distance avant de déployer, lorsque cela sera nécessaire, des missions ciblées sur le terrain. Cette combinaison entre intelligence des données et présence physique devrait améliorer la rapidité des interventions et accroître leur efficacité.

La qualité des données constitue également un enjeu majeur. L’IGF prévoit de procéder à des recoupements entre les informations provenant de différentes régies financières afin de détecter les incohérences, les sous-déclarations ou les fraudes éventuelles. Cette méthode devrait également contribuer à mieux lutter contre les circuits économiques illicites et le blanchiment des capitaux issus des activités criminelles.

Norbert Mwindulwa

By Équipe