À l’occasion de la Journée internationale du chien, célébrée chaque 26 août, la question du rapport entre l’homme, l’animal et son environnement prend une résonance particulière. Créée en 2004, cette journée vise notamment à attirer l’attention sur la condition des chiens et à encourager leur protection et leur adoption.
Mais en cette période où les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes et plus intenses, le chien peut également être considéré comme un témoin des bouleversements climatiques.
Au Japon, pays régulièrement confronté aux fortes chaleurs estivales, une question historique revient parfois dans les débats : quel rôle la viande de chien, notamment sous forme de soupe, a-t-elle joué pendant les périodes de grande chaleur ?
La réponse mérite toutefois une précision importante : il est inexact de présenter la soupe de chien comme une pratique japonaise actuelle destinée à lutter contre la saison sèche. Les informations récentes concernant la consommation de soupe de chien pour affronter la chaleur concernent surtout la Corée du Nord, tandis qu’au Japon la consommation de chien appartient essentiellement à l’histoire ancienne et n’est plus une pratique alimentaire courante.
1. Au Japon, la viande de chien appartient surtout à l’histoire
Les recherches archéologiques montrent que les chiens accompagnent les populations japonaises depuis plusieurs milliers d’années. Des analyses génétiques indiquent notamment que les chiens étaient déjà présents dans l’archipel durant la période Jōmon, il y a plusieurs milliers d’années.
Certaines découvertes archéologiques montrent également que des chiens ont été consommés au Japon durant la période Yayoi. Des ossements portant des traces de découpe ont notamment été interprétés comme des indices de consommation. Une étude publiée dans Proceedings of the Japan Academy indique cependant que les pratiques de consommation de viande de chien ont ensuite pratiquement disparu avec les transformations culturelles et sociales du pays.
Des recherches historiques montrent également que la consommation de viande était fortement encadrée dans le Japon prémoderne, avec différentes périodes de restrictions concernant plusieurs espèces animales, notamment les chiens.
Ainsi, contrairement à certaines images diffusées sur les réseaux sociaux, la soupe de chien n’est pas aujourd’hui un plat japonais emblématique de la saison sèche.
Cette précision est importante pour éviter d’attribuer au Japon une pratique qui appartient davantage à d’autres traditions d’Asie de l’Est.
2. La soupe de chien et les fortes chaleurs : une tradition surtout associée à la péninsule coréenne
L’association entre viande de chien et fortes chaleurs est beaucoup plus clairement documentée en Corée, particulièrement autour des Sambok, les périodes traditionnellement considérées comme les plus chaudes de l’été.
En août 2026, alors que la péninsule coréenne subissait une importante vague de chaleur, les médias nord-coréens ont de nouveau présenté la soupe de viande de chien comme un aliment traditionnel permettant de supporter les fortes températures.
Selon Reuters, la température en Corée du Nord a atteint 36,7 °C, un record depuis le début des observations nationales. Les médias d’État ont alors recommandé plusieurs aliments, dont la soupe de viande de chien, le bouillon de poulet, le porridge de poisson et certains aliments rafraîchissants.
Cette tradition repose davantage sur une croyance culturelle et alimentaire selon laquelle certains plats riches et nutritifs peuvent aider l’organisme à supporter les périodes de chaleur intense.
Il ne faut cependant pas en déduire que la viande de chien constitue une solution scientifique au réchauffement climatique.
Au contraire, la science climatique montre que la meilleure réponse aux chaleurs extrêmes passe par l’hydratation, la protection contre la chaleur, l’adaptation des villes, la gestion de l’eau et la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
En Corée du Sud, cette tradition est par ailleurs en train de disparaître. Le pays a adopté une loi visant à mettre fin progressivement à l’industrie de la viande de chien, avec une interdiction complète prévue après une période de transition. Cela illustre l’évolution des normes sociales et du rapport aux animaux dans la région.
3. Le Japon face à un réchauffement qui transforme les saisons
Si la soupe de chien n’est pas une réponse japonaise actuelle à la sécheresse, le changement climatique est bel et bien devenu une réalité majeure au Japon.
Les chiffres de l’Agence météorologique japonaise sont particulièrement révélateurs. L’été 2025 a été le plus chaud jamais enregistré au Japon depuis le début des observations en 1898. La température moyenne de juin à août a dépassé de 2,36 °C la normale de référence, battant largement les records de 2023 et 2024.
Le pays a également enregistré un nombre record de journées de très forte chaleur. La ville d’Isesaki, dans la préfecture de Gunma, a atteint 41,8 °C le 5 août 2025, nouveau record national à cette date.
Le problème ne se limite pas à la chaleur. En juillet 2025, certaines régions du Japon ont connu des précipitations extrêmement faibles. Dans le Hokuriku, le cumul mensuel représentait seulement 8 % de la normale, tandis que la région de la façade japonaise du Tohoku atteignait 13 %, selon la JMA.
L’Agence météorologique japonaise estime par ailleurs que le réchauffement climatique a joué un rôle important dans ces températures extrêmes. Une analyse conjointe de chercheurs japonais conclut que l’épisode de chaleur de l’été 2025 aurait été presque impossible sans le réchauffement climatique d’origine humaine.
Ces changements touchent directement les animaux.
Les chiens domestiques sont particulièrement vulnérables aux fortes températures : ils peuvent souffrir de déshydratation, d’épuisement thermique et de coups de chaleur. Les animaux d’élevage et la faune sauvage sont eux aussi confrontés à la modification de leurs habitats, à la diminution de certaines ressources en eau et aux changements dans la disponibilité de leur nourriture.
La Journée mondiale du chien devient donc une occasion de rappeler que la crise climatique est également une crise du vivant.
4. Du chien aux animaux sauvages : le climat impose une nouvelle protection du vivant
Le débat sur la soupe de chien permet finalement de poser une question beaucoup plus large : comment les sociétés humaines doivent-elles traiter les animaux alors que le climat devient de plus en plus chaud et imprévisible ?
Pendant longtemps, certaines communautés ont utilisé leurs connaissances traditionnelles pour faire face aux périodes de sécheresse, de chaleur ou de pénurie alimentaire. Certaines pratiques étaient alimentaires, d’autres agricoles ou spirituelles.
Mais le changement climatique contemporain est d’une autre ampleur. Il résulte principalement de l’accumulation des gaz à effet de serre issus notamment de la combustion du charbon, du pétrole et du gaz, ainsi que de certaines activités agricoles et de la déforestation.
Il ne s’agit donc pas de rechercher un aliment particulier pour « combattre » le réchauffement.
Il faut plutôt adapter les systèmes alimentaires, protéger l’eau, restaurer les forêts, préserver les habitats naturels et réduire les émissions de gaz à effet de serre.
La Journée mondiale du chien peut ainsi prendre une dimension nouvelle. Le chien n’est pas seulement un animal de compagnie : il partage avec l’homme un environnement dont les conditions changent rapidement.
Au Japon, les records de chaleur et les épisodes de sécheresse montrent à quel point les saisons sont déjà affectées. En Corée du Nord, la persistance de traditions alimentaires associées aux « jours les plus chauds » rappelle quant à elle que les sociétés ont toujours cherché des réponses culturelles aux températures extrêmes.
Notons qu’aujourd’hui, face au réchauffement climatique, la priorité n’est plus de chercher quel animal consommer pour supporter la chaleur. Elle est de comprendre pourquoi cette chaleur augmente et comment protéger les humains et les animaux qui en subissent les conséquences.
Rédaction