Crucifiés par la rébellion de l’AFC/M23 soutenue par le Rwanda, enterrés par la décision Gouvernementale portant suspension de toutes les activités académiques dans les institutions publiques de Goma et Bukavu puis exhumés et momifiés par les différentes Universités d’accueil; les étudiants des Universités publiques de l’Est, surtout les finalistes de la faculté de Médecine humaine semblent être les personnes les plus tourmentées de la République ce dernier temps.

Depuis le coup de massue gouvernemental sur 11 institutions publiques prises en otage par la rébellion de l’AFC/M23 par la nomination de nouveaux comités de gestion à Goma et Bukavu, les étudiants, surtout ceux de la dernière année de médecine sont parmi les plus affectés. Après qu’ils aient payé tous les frais académiques, les frais de laboratoire, les frais de fonctionnement et les frais d’encadrement dans les hôpitaux pour leur stage de dernière année; tout ce sacrifice est sur le point de tomber dans l’eau depuis la mesure dure de la ministre de l’Enseignement Supérieur, Universitaire, Recherche Scientifique et Innovations, la Professeure Marie-Thérèse Sombo Ayanne Safi Mukuna.

En plus de la perte de cet argent pouvant aller jusqu’à 600 ou 800$ selon le cas, plusieurs de ces étudiants étaient déjà en stage académique et, pour certains, à la fin du premier département qui, normalement prend 3 mois. La mesure étant venue sans éclaircissement allant dans ce sens; tous ces efforts semblent être relégués au second plan sans que personne ne s’en soucie jusque-là malheureusement.

Au-delà de cette situation, malgré que ceux-ci soient autorisés de poursuivre leurs études dans les institutions aux comités de gestion reconnus par le pouvoir légitime; cette option n’est pas aussi facile qu’on puisse le croire pour eux. Déjà partant de la distance entre leurs institutions d’origine et celles susceptible de les accueillir pose problème. Il ne s’agit pas de quitter sa chambre pour sa douche. A titre d’exemple, comme pour ceux de l’Université de Goma, la seule institution proche d’eux, soit L’Université Catholique du Graben à Butembo, est à un peu plus de 300km de distance, et pour l’atteindre, il faut franchir une route en état de délabrement total; les deux autres institutions privées organisant la faculté de médecine étant à Goma et n’acceptant pas d’inscrire les finalistes de l’UNIGOM par crainte des représailles de la rébellion.

Les étudiants qui se décident de prendre le risque et partir, sont obligés de débourser presque 100$ pour payer une place dans une voiture Landcruiser afin d’atteindre Butembo. Pour les autres étudiants, la destination est de Kinshasa, un trajet qui coûte encore 5 ou 6 fois plus cher que celui de Butembo; les autres vont prendre l’inscription à l’Université de Kisangani où c’est légèrement en-dessous du prix du billet pour Kinshasa, les autres se rendent à l’Université de Lubumbashi ou à celle de Kindu où c’est presque la même chose que Kinshasa pour le billet de transport.

Au-delà de ce frais, les étudiants délocalisés doivent s’installer dans ces nouvelles villes, reprendre les inscriptions normalement comme pour les autres étudiants et attendre leurs nouvelles affectations selon les programmes de ces universités qui, ne tiennent pas compte des avancées de certains, et qui les obligeront de reprendre à zéro.

Au-delà de tout ce labyrinthe et à défaut d’une communication officielle tendant vers l’assouplissement des conditions de ces aspirants médecins, ces derniers sont encore obligés de repayer tous les frais académiques et autres exigés par les institutions sans réduction d’un seul rond et, tous les autres frais des hôpitaux; comme cela est la tendance qui ressort de toutes ces universités d’accueil qui, malheureusement sous coulisse, se frottent les mains de la suspension des cours dans ces institutions du Nord Et Sud Kivu.

En faisant le calcul, le plus grand perdant de ce conflit entre le Gouvernement Central et la rébellion soutenu par le régime de Kigali est bel et bien ce jeune étudiant venu de Masisi ou Rutshuru, envoyé par sa famille et qui parvient difficilement à payer pour lui les frais exigés pour faire la noble faculté de médecine; un jeune qui se voit obligé d’aller à Kisangani où il ne connaît peut-être personne, où il doit voler de ses propres ailes pour survivre et, pire encore, où il doit; si on prend en compte tous les frais payés pour finir; se voir engager 4 ou 5 fois plus les frais qu’il devrait normalement payer à l’UNIGOM ou à l’UOB si ces universités n’étaient pas suspendues. Il a payé les frais académiques et tous les frais connexes dans son université d’origine; il a payé les frais de stage à l’hôpital dans sa zone d’origine avant la suspension des cours.

Après la nomination des animateurs rebelles, il paie le transport et tous les accessoires pour atteindre sa zone de réaffectation pour poursuivre ses études, il paie l’installation dans sa nouvelle contrée de vie où il doit encore se battre; il paie tous les frais de académiques sans réduction d’un seul franc, il paie aussi les frais de l’hôpital pour être admis au stage. Et malheureusement, tout cela sans accompagnement du Gouvernement central.

Cette situation, c’est celle que traversent depuis les deux signatures ( celle du gouvernement faisant suite à celle de la rébellion) environ 2000 étudiants finalistes en médecine des universités suspendues, qui malheureusement sont contraints de voler seuls à leur secours malgré le contexte dans lequel vivent les populations dans les zones occupées par le Rwanda.

Avec tout ce qui précède, il serait sage, pour le gouvernement, de reconsidérer sa décision qui à la base était pleine de sens mais qui malheureusement écrase la population qu’elle était sensée soulager; et de trouver une autre mesure sanctionnant les rebelles sans toucher directement la population. Ou carrément alléger le coût en garantissant une gratuité à tous ces étudiants en déplacement qui se présenteront dans leurs institutions d’accueil, privées ou publiques, avec toutes les preuves de paiement dans leurs institutions d’origine afin d’éviter un double ou triple paiement de leur part. Sinon, le Gouvernement risquerait de jouer le jeu de l’ennemi en sanctionnant indirectement, volontairement ou involontairement sa propre population.

Mais jusque-là, on retient que la population essoufflée par la situation à l’Est se voit encore étranglée par ces mesures de deux côtés qui se battent au nom du bien-être de cette même population. Entre-temps, personne, qu’il s’agisse de la rébellion ou du Gouvernement Central, n’a son enfant biologique qui étudie au sein de l’une des institutions concernées par ces mesures.
Stoïcien Sky Lwembo