La ville de Bukavu, joyau perché sur les rives du lac Kivu, est aux prises avec un défi colossal : la pression démographique exacerbée par un exode rural massif. Depuis plus de trois décennies, les conflits armés persistants dans l’Est de la RDC ont chassé des milliers de familles de leurs villages, les forçant à chercher refuge et sécurité en milieu urbain. Cette affluence incontrôlée met à rude épreuve les capacités d’accueil de la ville, créant une crise aiguë du logement et de la planification urbaine.
C’est dans ce contexte tendu que la ville a célébré la Journée mondiale de l’Habitat ce lundi, une date qui, plus qu’ailleurs, prend tout son sens à Bukavu. L’événement a servi de catalyseur pour une réflexion essentielle sur la situation de l’habitat et la nécessité de construire un avenir durable.
L’arrivée constante de déplacés, faisant écho à la réalité mondiale où plus de 60 % des personnes déplacées cherchent refuge en ville, met en lumière le thème crucial de la Journée mondiale de l’Habitat 2025 : la réponse aux crises urbaines et aux déplacements. À Bukavu, cela se traduit par une multiplication des constructions anarchiques sur des sites à risque, une conséquence directe du manque d’espace et du besoin urgent d’abri.
Aganze Giscard Lubondo, architecte de formation, a souligné la gravité de la situation : « Bukavu fait face à un problème croissant de planification urbaine. La population augmente, mais les infrastructures et les logements ne suivent pas au même rythme. Il est temps d’encourager des constructions durables, accessibles et respectueuses de l’environnement ». Il insiste également sur le rôle des citoyens, avertissant que « Chaque maison construite sans plan approuvé ou sans respect des normes contribue au désordre urbain et à la dégradation de notre environnement ».
Les conséquences de cet urbanisme non maîtrisé sont, malheureusement, dramatiques. Dans la nuit du samedi 4 octobre, une pluie diluvienne a provoqué un effondrement de terrain sur l’avenue de la Montagne, au quartier Nyalukemba. Un éboulement a coûté la vie à cinq personnes de deux familles – trois fillettes et deux garçons – et en a blessé trois autres.
Cet incident vient rappeler, avec une effroyable urgence, la vulnérabilité des populations qui, par nécessité, s’établissent sur des sites en danger. David Cikuru, président de la société civile dans la commune d’Ibanda, a lancé un appel vibrant : « Nous demandons toujours aux habitants de ne pas exposer leurs vies en construisant sur des sites en danger et aux autorités d’interdire des constructions anarchiques ». De nombreuses maisons ont également été inondées, les dégâts étant encore en cours d’évaluation.
La Journée mondiale de l’Habitat, célébrée chaque premier lundi d’octobre pour rappeler le droit fondamental au logement, a permis aux participants de Bukavu de débattre de stratégies concrètes. Celles-ci incluent notamment :
-La promotion de matériaux locaux pour des constructions moins coûteuses et plus adaptées.
-La rénovation des quartiers précaires pour améliorer la qualité de vie et la sécurité.
-La protection des zones vertes pour prévenir les catastrophes naturelles comme les glissements de terrain.
Notons que l’objectif est de transformer le défi de l’exode en une opportunité de bâtir une ville plus résiliente et plus équitable, où chaque habitant, déplacé ou non, puisse exercer son droit à un logement digne et sûr. La pression démographique est une réalité ; la réponse de Bukavu doit être la planification audacieuse et la solidarité.
Patritia KIBUKILA