Depuis plusieurs années, un apiculteur de Goma tire la sonnette d’alarme sur la baisse inquiétante de la production de miel, qu’il attribue à l’implantation d’usines de fabrication de boissons locales ne respectant pas les normes environnementales. Depuis près d’une décennie, HABYARIMANA NERIGIMANA Isaac, plus connu sous le nom de « Mzee wa Nyuki Isaac », se consacre à l’apiculture à Goma, dans la province du Nord-Kivu. Âgé d’une cinquantaine d’années, il exerce ce métier depuis 2015.

Grâce à l’apiculture, témoigne-t-il, il a pu subvenir aux besoins de sa famille et scolariser ses enfants, dont deux ont terminé l’université, tandis que le benjamin poursuit encore ses études secondaires. Mais aujourd’hui, l’apiculteur se dit profondément inquiet face à la baisse drastique de sa production de miel.
Selon lui, la production actuelle n’a rien de comparable avec celle des années précédentes. « Quand j’ai commencé ce travail, je produisais beaucoup de miel. J’étais fier de mon activité. Je payais sans difficulté les frais scolaires de mes enfants et je faisais face aux autres charges familiales », se souvient-il.
Aujourd’hui, ses ruches se vident progressivement. Il attribue cette situation à l’installation, dans plusieurs quartiers de Goma, d’usines de fabrication de boissons locales, notamment le Kargazok, une boisson produite à base d’eau et de sucre. « À un certain moment, de grands entrepreneurs sont venus installer des usines de fabrication du Kargazok dans notre quartier, sans respecter les normes environnementales », se plaint Mzee wa Nyuki Isaac.
Il explique que la forte teneur en sucre de cette boisson attire massivement les abeilles. « Les abeilles aiment l’eau sucrée. Elles se dirigent vers les grands bassins contenant cette boisson pour sucer. Beaucoup tombent dans ces bassins non couverts et meurent », affirme-t-il.
Selon l’apiculteur, l’absence de dispositifs de protection autour de ces installations constitue le principal problème. « Les bassins ne sont pas couverts. Les responsables de ces entreprises ne prennent aucune mesure pour empêcher les abeilles de s’y poser », déplore-t-il.
Mzee wa Nyuki Isaac affirme avoir été témoin direct de ce phénomène alarmant. Attirées par le sucre, les abeilles quittent leurs ruches pour se diriger vers les installations industrielles.
« Mes ruches sont presque vides aujourd’hui. J’ai essayé de me plaindre auprès des autorités, mais malheureusement, comme ces entreprises paient beaucoup de taxes à l’État, mes plaintes sont souvent négligées », regrette-t-il. Il dit ne plus savoir à qui s’adresser, tout en assistant impuissant à la disparition progressive de ses abeilles.
Cette situation a des conséquences directes sur ses conditions de vie. « Je n’arrive plus à subvenir à mes besoins vitaux », confie-t-il.
L’apiculteur parle sans détour d’un véritable « massacre » d’une espèce pourtant essentielle à l’homme et à l’environnement. « Les abeilles jouent un rôle fondamental dans la pollinisation et l’équilibre de l’écosystème. Leur disparition menace non seulement notre activité, mais aussi l’agriculture et la biodiversité », alerte-t-il.

Selon son constat, ces usines ne disposeraient ni d’installations adéquates ni de mécanismes de protection suffisants pour empêcher l’accès des insectes aux zones à risque, une situation qu’il juge irresponsable sur le plan environnemental.
Face à ce qu’il considère comme une urgence écologique, HABYARIMANA NERIGIMANA Isaac appelle les autorités compétentes à intervenir. Il plaide pour l’imposition de normes environnementales strictes aux entreprises locales, tant lors de leur implantation que durant leur fonctionnement.
« Le développement industriel ne doit pas se faire au détriment de l’environnement ni des espèces qui soutiennent la vie humaine », conclut-il.
Fiston MUHINDO