Alors que la Conférence des Parties (COP30) sur le climat bat son plein à Belém, au Brésil, la République Démocratique du Congo  deuxième poumon vert mondial fait face à une crise silencieuse qui menace l’efficacité de ses efforts de conservation. Situé dans le territoire de Rutshuru, au Nord-Kivu, la Réserve Naturelle de Sarambwe, bien que cruciale pour la protection du Gorille de montagne et partageant une frontière avec le célèbre Parc National de Bwindi partie Ougandaise, presente une profonde mésentente entre les communautés locales et les gestionnaires du site.

La Réserve de Sarambwe, située à 139 km au nord de Goma, est un écosystème vital abritant, outre les gorilles, des espèces comme les singes, les éléphants, les phacochères, les rhinocéros, ainsi qu’une riche avifaune incluant la Colombe à queue rouge.

Toutefois, derrière cette vitrine de la biodiversité se cache une réalité sociale explosive. L’histoire de la réserve remonte à 1998 et est marquée par le déguerpissement des populations locales de leurs terres ancestrales au nom de la conservation. À ce jour, ces populations n’ont « jamais bénéficié d’une indemnisation préalable et équitable » de la part des autorités congolaises, selon l’acteur de la société civile.

Cette injustice historique a culminé en novembre 2023 par des actes de vandalisme, notamment l’attaque d’un poste de dépistage sous gestion de l’ICCN, menés par des jeunes frustrés de n’être « pas impliqués dans la gestion de la réserve ».

La principale source de frustration des riverains réside dans l’absence criante de projets à impact communautaire (PIC) qui justifieraient les sacrifices consentis.

« Si tu arrives à Sarambwe, tu peux remarquer qu’il n’y a presque rien que la population bénéficie de cette aire protégée. Il n’y a pas de route, pas de centre de santé adéquat ni d’école moderne », cet acteur de la société civile.

Actuellement, l’unique soutien provient de deux petits postes de santé gérés par les églises locales (catholique et protestante), mais qui manquent cruellement d’équipements et de personnel qualifié, conduisant à des décès par manque de soins adéquats. Hormis de rares initiatives comme celles de l’organisation AVS-Projet (fabrication de greniers et ruches), l’acteur déplore l’absence de tout projet de développement durable, soulevant une question troublante : « C’est une réserve qui est gérée dans les poches de certaines personnes ? »

Au moment où les enjeux de financement climatique et de justice sociale sont au centre des débats de la COP30, Mihindo Kibunga Elias lance un vibrant appel.

Il interpelle le Gouvernement Congolais et la Communauté Internationale incluant les grands pays du Nord (États-Unis, Europe) à capter des financements spécifiques pour Sarambwe.

Pour ce dernier, la conservation ne peut réussir sans le soutien des communautés. Les fonds doivent être dirigés vers des projets concrets, notamment :

-La construction d’un hôpital de référence ou d’un centre de santé équipé.

-Le financement de la construction de routes agricoles.

-La subvention des écoles et le soutien aux activités génératrices de revenus pour les riverains.

Pour cet acteur de la société civile, la Réserve de Sarambwe est « oubliée dans l’histoire des aires protégées congolaises ». La COP30 est l’occasion ou jamais de réparer cette injustice et de démontrer que les politiques de conservation de la RDC et les financements internationaux peuvent enfin rimer avec équité et développement communautaire.

 

MUNGUIKO THIERRY Horneyssie