L’histoire de Madame Goreth Kabuo, une femme qui avoisine la quarantaine paraît surréaliste. Cette veuve depuis environ 10 ans est un symbole de la résilience et de la détermination féminine. Avec un capital de 150000 francs congolais, elle dit être capable de nourrir et payer la scolarité de ses 4 enfants. Comment fait-elle ? Quelle est son astuce magique ? Quelle est son histoire ? Madame Goreth nous a laissé pénétrer dans son quotidien.
Tout part de la disparition de son mari. Sans moyen et abandonnée à son triste sort, Madame Goreth n’a pas eu d’autres choix que de faire face à ce nouveau mode de vie. De petits crédits par-ci, des demandes d’aide par-là… mais rien n’a marché.
Selon elle, c’est comme si elle tournait en rond; elle perdait déjà espoir. Mais, comme une manne venue du ciel, elle entra en contact avec l’organisation non gouvernementale Jirani Msaada Asbl, une organisation locale qui dans ses missions figure l’accompagnement psychologique et socioéconomique des femmes vulnérables et orphelins. C’est à ce moment là qu’une lueur d’espoir vit le jour. Pour la première fois ça n’a pas été facile. Comme cette organisation octroyait des crédits aux femmes pour assurer leur auto prise en charge ; Madame Goreth prit un montant. Trois jours plus tard, avant même de commencer son petit business; des hommes armés entrèrent chez-elle prirent tout ce qui allait devenir son capital initial. Selon ses propres mots;
« C’était un coup de frein brutal aux espoirs que je me faisais. »

Incapable de reconstituer ce capital ou même de rembourser le crédit contracté auprès de Jirani Msaada, elle et ses enfants se retrouvent encore dans leur cycle de vie habituel, mais pas pour longtemps cette fois-ci :
« Heureusement cela n’a pas traîné. Jirani Msaada a encore lancé son programme d’octroi des crédits. Nous avons d’abord suivi une formation sur la gestion de cet argent puis on nous a donné cette somme que nous utilisons. »
Jackson Kavyavu, responsable de Jirani Msaada confirme cette nouvelle tout en mentionnant le manque de financement de son organisation.
« Nous avons assuré la formation de 25 femmes à la gestion des microcrédits. N’ayant pas suffisamment de moyens pour accompagner toutes ces femmes; pour cette phase nous avons pris en charge 6 sur les 25 formées ».
Cette ONG a octroyé des crédits atteignant 150 000 francs congolais par femme pour ces 6 bénéficiaires. Comme on le dit, « chat échaudé craint l’eau froide », Madame Goreth Kabuo n’a pas réfléchi par deux; elle a directement lancé un petit business. Pour elle, une usine de fabrication artisanale des Shikwangues de manioc semblait être rentable. Elle l’a installée dans le village de Ngangi 2 en territoire de Nyiragongo. Après fabrication, elle et ses enfants se répartissent pour écouler le stock en attendant de lancer un autre cycle de production. Depuis là, elle témoigne avoir amélioré tant soi peu ses conditions de vie grâce à cette activité. Pour elle, c’était un ouf de soulagement.

«Je fabrique des shikwangues de manioc que vends avec les arachides. Le crédit contracté m’aide beaucoup. Je sais couvrir les besoins primaires de mes enfants. Mes enfants passaient la journée sans manger. Mais grâce à ce crédit, ils ont quelque chose à mettre sur la dent la journée comme le soir et j’essaie de payer leurs frais de scolarité. C’est de cette façon que cet argent m’aide.» dit madame Goreth
Pour pérenniser ce système de microcrédit, il a fallu que Jirani Msaada et ses bénéficiaires définissent une stratégie de remboursement progressif. Consensuellement, il fallait trouver une façon qui ne lèse aucune partie, un système de suivi et de remboursement. Et, jusque-là le système fonctionne.
«Chaque semaine elles doivent venir nous donner rapport et nous à notre niveau nous devons envoyer des agents sur terrain pour voir comment évoluent les activités. Jusque-là nous sommes satisfaits et sûrs que l’initiative va porter de bons résultats par rapport à la situation. » indique Jackson Kavyavu.
Madame Goreth qui, pour sa part accélère avec la fabrication des shikwangues de manioc, ne manque jamais de mettre quelque chose de côté pour rembourser son crédit.
«Nous remboursons progressivement. Par semaine je paie 3500 francs congolais. Cela c’est en fonction du crédit que j’ai contracté » précise Goreth.
Satisfaite du pas déjà fait; celle-ci indique qu’elle aimerait augmenter sa capacité de production mais les moyens font défaut.
Madame Kabuo Goreth est l’image de ces femmes victimes des crises qui, avec le peu qu’elles trouvent, essayent de transformer leur quotidien. Des initiatives comme celle de Jirani Msaada viennent leur apporter une bouffée d’oxygène, d’où il est important de les amplifier pour leur arracher u.n petit sourire
Stoïcien Sky Lwembo