Amis depuis 2018 pour combattre d’abord Joseph Kabila puis pour s’opposer au candidat Fayulu, le couple Tshisekedi-Kamerhe connaît le haut et le bas comme la plupart des couples. Malheureusement, un seul partenaire semble supporter toujours les caprices de l’autre. Qui supporte l’autre ? D’abord les fameux 100 jours puis les élections de 2023 et puis la guerre à l’Est, sans oublier la fameuse question du tripatouillage de la constitution puis l’éjection de Kamerhe à la tête de l’Assemblée Nationale Congolaise. Est-ce que c’est Tshisekedi qui supporte les caprices de son partenaire et «beau-frère» Kamerhe ou c’est ce dernier qui se fait toujours rouler dans la farine par le Président de la République ? Dans tous les cas, les deux parties perdent et c’est le «Lion de Sarambwe » qui semble en tirer profit.
Un peu d’histoire
Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe étaient déjà partis sur de mauvaises bases depuis 2018. Le premier n’ayant presqu’aucune expérience dans la gestion de la chose publique mais ambitieux, et le second, ultra-expérimenté mais pas vraiment malin.
La proclamation de Tshisekedi par Corneille Nangaa vint sceller et fracturer en même temps l’alliance Tshisekedi-Kamerhe. Ici, l’inversion des rôles devint inévitable : l’inexpérimenté de l’époque devint plus puissant que doyen donneur des leçons.
Avec tous les rebondissements dans le procès de 100 jours, les politiciens congolais interprétèrent comme ils pouvaient. Mais, une question de fond devrait se poser : Qui est saint et qui est diable dans cette affaire ?
Plusieurs conclurent que Kamerhe venait de trahir son partenaire en devenant impliqué dans la disparition des millions des dollars. D’autres pensèrent que c’est Tshisekedi qui se débarrassait de son partenaire.
Après la prison, ces deux cohabitèrent : pour l’intérêt du peuple ? Pour des intérêts personnels ?

Malgré cela, des voix se levaient pour pointer du doigt Vital Kamerhe, alors président de la chambre basse du parlement congolais. Des proches de Tshisekedi l’accusaient de ne pas faire assez dans l’accompagnement de Tshisekedi d’abord dans l’affaire «tripatouillage constitutionnel» puis celle en rapport avec la situation sécuritaire à l’Est de la République. Entre-temps, c’est le même Kamerhe qui mouilla son maillot pour la réélection de Tshisekedi en 2023. Ingratitude de l’UDPS ou hypocrisie de Kamerhe ?
Après violation de la convention de Nairobi entre les deux hommes, puis la prison, Kamerhe se contenta de la présidence de l’assemblée nationale après la vice primature de l’économie. Mais là aussi, le rouleau compresseur de l’UDPS et alliés finit par l’écraser.
L’éjection et la complication de la situation
Dans la foulée, la fameuse motion initiée par des élus nationaux de l’UDPS et étudiée par une commission chapeautée toujours par la même formation politique finit par balayer le pauvre Kamerhe. Sous pression, celui-ci démissionne. L’UDPS et alliés célèbrent leur victoire!

Pour le Président Tshisekedi ; sa main n’est pas derrière l’éviction de Kamerhe : «Je n’y suis pour rien » dit-il.
Mais qui peut croire en de tels propos pendant que le numéro 1 intérimaire de l’UDPS avait déclaré quelques jours plus tôt sur un plateau télé qu’aucune décision n’est prise au sein de l’UDPS sans avoir fait recours au patron (en référence au président Tshisekedi)?
Après la prison pour Kamerhe puis cette raclée reçue de l’UDPS, il est clair que le mariage Kamerhe-Tshisekedi n’est pas heureux qu’il s’agisse de l’intérieur comme de l’extérieur.
Maintenant le choix reviendra à Kamerhe comme l’a dit le Président Tshisekedi aux USA. Soit il s’accroche et reste allié de Félix, mais devra faire avec l’humiliation et la déconsidération, soit il prendra le chemin de l’opposition non armée, option qui semble peu probable car devant se faire encore accepter dans un laps de temps, ce qui semble impossible, et, ici il n’est pas vu d’un bon œil depuis le dos qu’il a tourné aux autres en 2018. La troisième option qui se présente devant lui est celle de se rendre à Goma.
Et si Kamerhé rejoignait l’AFC/M23?
La troisième option semble possible mais cette décision restera la plus compliquée pour les deux (que j’appelle) ex-alliés. Si seulement l’idée de quitter Kinshasa pour Goma passait à l’esprit de Vital Kamerhe et que Corneille Nangaa l’apprenait, il est clair que ce dernier serait le plus heureux. A la seconde même il montrerait son approbation.
L’AFC/M23 n’hésiterait jamais de recevoir Kamerhe si celui-ci manifestait l’intérêt. Ce rapprochement donnerait un coup de pousse à la recherche de confirmer la congolisation de ce mouvement. Il serait même prêt de nommer Kamerhe à de hautes responsabilités au sein du mouvement pour sa validation.
Malheureusement si on arrivait là, les carottes seraient cuites pour le pouvoir de Kinshasa. Kamerhe connaît les coins et recoins de la cuisine interne. La géopolitique aussi aurait un effet. Cela risquerait d’attiser les tensions entre Est et Ouest. Vu son poids politique, le départ de Kamerhe risquerait de fragiliser davantage le pouvoir de Tshisekedi.
Pour l’Est, le pouvoir de Kinshasa passerait pour l’écarteur progressif des leaders de l’Est et pour l’Ouest, la rébellion de l’AFC/M23 prendrait directement l’image d’appartenir aux originaires de l’Est.
A ce niveau, le clivage Est-Ouest naîtrait; et donnerait des arguments pour ceux qui surfent sur cette thématique du tribalisme, régionalisme sans avoir assez de preuves. Ainsi le processus de balkanisation serait directement et officiellement activé. Mais dans tout cela, que gagne le peuple ?
La part de la population
Il est clair que les calculs politiciens de différents camps ne bénéficient en aucun cas au peuple congolais. Les problèmes des congolais sont connus : la guerre à l’Est, l’éducation, la santé, le pouvoir d’achat, le chômage des jeunes, les infrastructures de base, la corruption… sont là les priorités des congolais.
Nulle part où les calculs politiques interviennent. Nulle part où les postes et autres discours interviennent. Le peuple ne demande pas beaucoup, juste l’amélioration des conditions de vie.
Tout ce que feront les politiciens sans mettre le peuple au centre ne leur fera passer que pour des bourreaux, et, jusque-là le peuple aura raison de penser à cela.
Au stade actuel, qu’il s’agisse du camp Tshisekedi, qu’il s’agisse de celui de Kamerhe ou celui de Nangaa, tous semblent être les mêmes et sur la même voie. Personne ne met le peuple au centre même si tous le crient tout haut.
Tant que la population ne se retrouvera pas, tant que la confiance entre politique et population ne sera pas restaurée; tout ce qui sera fait sera un coup d’épée dans l’eau. Et, cette restauration ne doit être initiée que par les politiciens si et seulement si ceux-ci ne veulent pas créer un monstre dans la population : une révolution populaire.
Entre-temps, la seule chose à faire par les politiciens pour l’instant c’est de laver leurs linges sales et de répondre aux besoins primaires de la population.
Stoïcien Sky Lwembo