Dans un rapport fleuve intitulé « Dans la peau dun journaliste dans les Grands Lacs», Reporters Sans Frontières (RSF) dépeint une région où informer est devenu un acte d’héroïsme. Entre guerres civiles, pressions politiques et précarité extrême, la liberté de la presse vacille au cœur de lAfrique.

De la République Démocratique du Congo au Kenya, en passant par le Rwanda et le Burundi, l’exercice du journalisme s’apparente désormais à une traversée de champ de mines sinon une traversée du détroit d’Ormuz bloqué par l’Iran. Le dernier rapport de RSF lève le voile sur le quotidien étouffant des professionnels des médias dans la région des Grands Lacs.

L’est de la RDC demeure le point le plus critique. Depuis l’occupation de Goma début 2025, la situation sécuritaire a basculé vers le pire absolu. Les reporters y sont pris en étau, coincés entre le « marteau » des rebelles du M23 d’un côté et « l’enclume» des forces régulières (FARDC) de l’autre.

«Les ennemis des journalistes ont plusieurs visages dans la région. Ils sont pris entre violences armées et asphyxie économique», s’alarme Jeanne Lagarde, responsable plaidoyer Afrique subsaharienne pour RSF.

Le bilan est lourd : Depuis 2021, cinq journalistes ont été assassinés en RDC. Les radios communautaires, véritables poumons informationnels de la région, sont les premières cibles. Rien que depuis Janvier 2024, au moins 33 stations ont été pillées ou suspendues dans la province du Nord-Kivu.

Si la guerre ravage la RDC, les pays voisins ne sont pas aussi saints, utilisant des méthodes plus feutrées mais tout aussi destructrices pour la liberté d’informer : au Rwanda et au Burundi, un contrôle étatique de fer et des traumatismes persiste et pousse les plumes les plus audacieuses à l’exil.

En Ouganda et au Kenya, les violences policières lors des manifestations et les intimidations liées aux enquêtes sur la corruption minent l’indépendance des rédactions. Au Kenya, le récent rachat du Nation Media Group par un proche du pouvoir en mars 2026 inquiète les observateurs.

En Republique Unie de Tanzanie, un arsenal juridique restrictif et des suspensions arbitraires de médias continuent de brider la parole.
Au-delà des balles, c’est la survie économique qui menace l’indépendance. Avec des salaires quasi insignifiants, les journalistes sont vulnérables à toutes les formes de corruption et d’influences.

Par ailleurs, la région fait face à une explosion de la désinformation. Le conflit est devenu un champ de bataille numérique où les deepfakes et les campagnes de manipulation polluent l’accès à une information fiable, rendant le travail de vérification (fact-checking) plus vital que jamais.

Pour les dix dernières années, les chiffres sont glaçants : près de 500 journalistes arrêtés dont la moitié en RDC, 10 journalistes tués, 5 disparitions forcées,…

Face à ce constat alarmant, l’organisation internationale appelle les États à une réaction immédiate. Parmi les dix recommandations phares, RSF exige la fin de l’impunité, la protection physique, la réforme législative et le soutien économique.

Malgré ce tableau sombre, des lueurs d’espoir subsistent. Pour que ces initiatives survivent, la communauté internationale et les gouvernements doivent transformer leurs promesses en actes de protection concrets.

Stoïcien Sky Lwembo

By Équipe