À l’heure où les réseaux sociaux occupent une place importante dans la circulation de l’information, les professionnels des médias sont de plus en plus appelés à jouer un rôle dans l’éducation et la sensibilisation des communautés. Au Nord-Kivu, cette responsabilité devient particulièrement importante lorsqu’il s’agit des questions liées à la santé sexuelle et reproductive, souvent entourées de tabous, de préjugés et de fausses informations.

 

C’est dans cette perspective que l’organisation Action pour les Droits Solidaires ADS en sigle a organisé à Goma, du 20 au 21 août 2026, une session de formation destinée à 25 journalistes, blogueurs et créateurs de contenus numériques actifs dans la province du Nord-Kivu.
Cette activité avait pour objectif de renforcer les connaissances des professionnels des médias sur les Droits à la Santé Sexuelle et Reproductive (DSSR), mais également de les outiller pour mieux identifier, vérifier et déconstruire les fausses informations qui circulent dans les communautés.

La santé sexuelle et reproductive demeure un sujet sensible dans plusieurs communautés. Le manque d’informations accessibles et fiables pousse parfois les jeunes et d’autres membres de la communauté à rechercher des réponses sur Internet, où les informations scientifiques côtoient des rumeurs, des mythes et des contenus trompeurs.
Les questions liées à la contraception, aux menstruations, à la planification familiale, à la santé sexuelle, aux violences basées sur le genre ou encore à l’avortement peuvent ainsi faire l’objet de nombreuses interprétations erronées.
Pour ADS, les médias ont donc une responsabilité importante dans la diffusion d’informations vérifiées et respectueuses de la dignité humaine. Les journalistes et créateurs de contenus ont appelés à éviter les termes stigmatisants, à vérifier leurs sources et à présenter les questions de DSSR avec professionnalisme.


Prenant la parole devant les participants, Yasine Musubao, directeur exécutif d’ADS, a expliqué les objectifs de cette formation et l’importance du rôle des communicateurs dans la vulgarisation des questions de DSSR.
Il a notamment souligné la nécessité de renforcer les capacités des journalistes afin qu’ils puissent contribuer à éclairer les communautés sur des sujets souvent ignorés ou difficilement abordés.
Durant les deux jours de formation, les participants ont été particulièrement actifs. Ils ont posé de nombreuses questions afin de mieux comprendre les notions abordées et de clarifier certaines zones d’ombre.


Plusieurs participants ont également découvert que certains termes utilisés dans leurs publications sur la santé sexuelle et reproductive pouvaient être imprécis, inappropriés ou susceptibles de renforcer la stigmatisation. Pour d’autres, cette formation constitue une première occasion de s’intéresser de manière approfondie aux questions de DSSR.
Les échanges ont ainsi permis de confronter les expériences de terrain et d’identifier les difficultés auxquelles les professionnels des médias sont confrontés lorsqu’ils traitent ces sujets.
Des textes juridiques au centre des échanges
La formation a également porté sur différents instruments juridiques internationaux, régionaux et nationaux relatifs à la santé sexuelle et reproductive.
Parmi eux figure la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui consacre notamment le principe de l’égalité et de la dignité de toute personne. Les participants ont également été sensibilisés aux principes contenus dans le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, notamment concernant le droit de toute personne de jouir du meilleur état de santé physique et mentale possible.
Au niveau africain, le Protocole de Maputo, relatif aux droits des femmes en Afrique, occupe une place importante dans les discussions sur les droits reproductifs. Son article 14 traite notamment de la santé et des droits reproductifs des femmes et prévoit, dans certaines circonstances définies par le texte, l’accès à l’avortement médicalisé.
En République démocratique du Congo, les participants ont également été appelés à comprendre l’importance du cadre juridique national encadrant la santé, les droits des femmes et la lutte contre les violences sexuelles.

Pour Madame Grace qui a plus exposé sur le DSSR et la communication sur la SSR , l’objectif n’était pas seulement de connaître les textes, mais surtout de permettre aux journalistes de mieux les utiliser dans leur travail afin d’éviter les interprétations erronées et de produire des contenus fondés sur des informations vérifiables.

Pour elle, l’un des principaux enseignements de cette session est que la qualité de l’information dépend aussi de la compréhension du sujet par celui qui la produit.
Pour ADS, un journaliste qui maîtrise les concepts de DSSR est mieux placé pour expliquer ces questions au public, corriger les rumeurs et éviter de contribuer involontairement à la désinformation.
La formation a ainsi permis aux participants de travailler sur l’identification des fausses informations, la vérification des sources, la production de contenus factuels et le choix d’un langage respectueux des personnes concernées.
L’approche adoptée était participative, avec des exposés, des discussions, des travaux en groupes, des analyses de cas et des exercices pratiques.
L’organisation estime que la constitution d’un réseau élargi permettra de multiplier les contenus de sensibilisation et de toucher davantage de communautés à travers les radios, télévisions, médias en ligne et réseaux sociaux.
À l’issue de la formation, les participants ont été appelé à mettre leurs nouvelles connaissances au service d’une information plus fiable, plus responsable et plus respectueuse de la dignité humaine.
Pour ADS, cette initiative constitue donc une opportunité de construire progressivement un vaste réseau de communicateurs capables de contribuer à briser les tabous, combattre les rumeurs et mieux informer la population sur les droits à la santé sexuelle et reproductive.
Dans un contexte où l’information circule rapidement et où les fausses nouvelles peuvent avoir des conséquences importantes sur la santé et la vie des populations, ADS dit etre convaincu que former ceux qui produisent et diffusent l’information apparaît comme un moyen essentiel pour renforcer la protection et l’accès des communautés à une information fiable.

Notons que cette deuxième cohorte s’inscrit dans la volonté d’ADS de consolider un réseau de journalistes, blogueurs et créateurs de contenus engagés sur les questions de DSSR

 

MUNGUIKO THIERRY Horneyssie