Face à lévolution des menaces qui pèsent sur les professionnels des médias, une trentaine de journalistes seniors appelés à devenir des formateurs ont participé, du 19 au 20 août 2026 à Kinshasa, à une session consacrée à la sécurité des journalistes, à la protection numérique et aux enjeux liés à l’intelligence artificielle.

Organisée dans la grande salle de Saint-Pierre Claver, cette formation a réuni des professionnels des médias autour d’une préoccupation devenue centrale dans l’exercice du métier : comment continuer à produire une information fiable tout en protégeant les journalistes, leurs sources et leurs données dans un environnement de plus en plus complexe ?

Animée par Mr Donat Mbaya Tshimanga, la session a été modérée par Tshivis Tshivudi, de l’organisation Journaliste en Danger (JED). Pendant deux jours, les participants ont alterné échanges d’expériences, apprentissages pratiques et réflexions sur les différentes formes de vulnérabilité auxquelles les journalistes peuvent être confrontés.

La sécurité, désormais au cœur du métier

Les réalités rencontrées par les journalistes sur le terrain ont occupé une place importante dans les discussions. Dans les zones touchées par les conflits ou caractérisées par une forte instabilité, la couverture de l’actualité peut exposer les professionnels à des menaces physiques, des intimidations ou encore à des situations imprévisibles.

La formation a ainsi mis l’accent sur l’anticipation. L’évaluation des risques avant une mission, la préparation des déplacements, le maintien d’un contact avec une personne de référence et l’adoption de comportements adaptés à l’environnement constituent autant de réflexes susceptibles de réduire les risques.

L’objectif est de faire de la sécurité une partie intégrante du travail journalistique, au même titre que la collecte, la vérification et la diffusion de l’information.

 

Le numérique, nouveau terrain de vulnérabilité

Les échanges ont également porté sur la sécurité numérique, devenue incontournable pour une profession qui dépend largement des téléphones portables, des ordinateurs, des messageries et des réseaux sociaux. Les journalistes peuvent être exposés au piratage de leurs comptes, au vol de données, à l’usurpation d’identité ou encore à la compromission de leurs échanges avec des sources.

Dans ce contexte, les participants ont été encouragés à renforcer leurs habitudes de protection et à adopter une plus grande vigilance dans l’utilisation de leurs appareils et plateformes numériques.

La protection des sources a notamment été présentée comme un enjeu majeur. Une faiblesse dans la sécurité d’un appareil ou d’un compte peut en effet avoir des conséquences qui dépassent le seul journaliste et mettre en danger des personnes ayant accepté de partager des informations sensibles.

L’intelligence artificielle entre opportunités et vigilance

L’arrivée rapide de l’intelligence artificielle dans le secteur des médias a constitué un autre axe important de la formation. Les participants ont été amenés à réfléchir aux possibilités offertes par ces nouveaux outils dans le travail quotidien, notamment pour la recherche, la transcription, la traduction, l’analyse de documents ou encore certaines tâches de production de contenu.

Mais l’atelier a surtout insisté sur la nécessité de conserver le contrôle humain sur le processus journalistique. L’IA peut faciliter certaines tâches, mais elle ne remplace ni le jugement professionnel, ni la vérification des faits, ni la responsabilité du journaliste.

Dans un cadre caractérisé par la circulation massive de fausses informations et de contenus manipulés, la maîtrise de ces technologies doit donc aller de pair avec une culture renforcée de la vérification.

Des journalistes seniors appelés à transmettre leur savoir

La particularité de cette session réside dans le profil des participants : 30 journalistes seniors ont été formés en qualité de formateurs.

Au-delà de l’acquisition de nouvelles connaissances, l’ambition est de permettre à ces professionnels de partager à leur tour les enseignements reçus au sein de leurs rédactions, organisations et réseaux professionnels.

Cette approche entend favoriser un effet multiplicateur et contribuer progressivement à l’installation d’une véritable culture de sécurité au sein des médias congolais.

Les expériences diverses des participants ont également permis de mettre en perspective les réalités auxquelles sont confrontés les journalistes selon leurs milieux de travail, notamment dans les contextes où les risques sécuritaires sont particulièrement élevés.

Protéger les journalistes pour mieux protéger l’information

Au terme de ces deux journées, une évidence s’impose : la sécurité du journaliste est intimement liée à la qualité de l’information produite.

Un professionnel mieux préparé aux risques est davantage en mesure de préserver ses sources, ses données et son indépendance, tout en poursuivant son travail dans des conditions plus sûres.

À Kinshasa, cette session aura ainsi permis de replacer la sécurité au cœur des préoccupations professionnelles, tout en ouvrant une réflexion sur les transformations imposées au journalisme par les technologies numériques et l’intelligence artificielle.

Pour les 30 journalistes seniors formés comme formateurs, l’enjeu est désormais de transformer les connaissances acquises en pratiques concrètes et de les transmettre à leurs confrères.

Dans un paysage médiatique congolais en constante évolution, renforcer les capacités des journalistes revient aussi à renforcer leur résilience, leur professionnalisme et leur capacité à garantir au public un accès à une information crédible et responsable.

Norbert Mwindulwa

 

By Équipe